C'est en surfant, sur le site forum, de Yves Peeters que j'ai découvert à force de lecture, que les anciens après 1980, parlaient avec une touche de fierté de la Cie B. Puis, au barbecue du régiment j'ai aussi entendu parler de la B et de certains de ses exploits. Il est évident que cela n'enlève rien aux valeurs des autres compagnies qui composaient ce fabuleux 2cy.
Alors, un court instant, ma mémoire m'a permis de revoir une vaste quantité visages qui appartenaient à la Cie B. J'ai aussi revu certains de ces moments assez inoubliables…manœuvres, exercices, bagarres, victoires,… .
Puis l'on se dit : on en parle encore,… encore et toujours… qui aurait pu croire que vingt cinq ans plus tard on en parlerait toujours, qui ?
C'est à partir de cet instant, tant pour moi que pour l'ensemble de la Cie B, qu'il importe de comprendre et de savoir pourquoi nous autre, la bande de Cyclistes assoiffés de vaillances, avons laissé une telle empreinte indélébile…
Il est certain que la mentalité de nos officiers et sous-officiers a également et largement contribué à la " réussite " de certains " exploits " de la Cie. Je pense qu'ils étaient aussi assoiffés de cette rage de vaincre que nous avions tous, ce qui facilita énormément les choses.
Les débuts
Nous avons été, pour la plupart, incorporés entre la fin 1977 et le début 1978 au sein de la Cie B. Nous étions, pour une grande partie, très jeunes et nous venions aussi de tous les horizons et couches sociales. Et surtout, nous n'avions peur de pas grand-chose !!
Certains d'entre nous avaient un boulot, d'autres pas, mais nous avions tous un point commun : nous avions choisi d'être là par un acte d'engagement au sein des forces armées.
J'étais au 3ème peloton, le dernier à être incorporé à la Cie. Quand nous sommes descendus du TPJ à la gare de Siegen, le moins que l'on puisse dire c'est que le chef Lhermite nous a mis au parfum de suite…les sacs et kit bags ont volé dans le bus qui allait nous conduire au quartier Bremer.
Un peu abasourdi par sa " démarche ", pas un mot ne se dissipait dans le bus…on se contentait de découvrir la ville qui allait entendre si souvent parler de nous.
Doucement mais sûrement
Malgré l'enfer des six semaines d'instruction que nous venions de passer, il n'était pas question d'en rester là. En effet, notre commandant de Cie, le lieutenant Fontaine, ainsi que l'ensemble du cadre avaient fermement l'intention de faire de nous des soldats dignes de ce nom !
Et pour ce faire, forcément, ils nous avaient concocté tout un programme…rien que du bonheur... et notre " instruction " durera 2 ans !
La première des choses était de faire un solide décrassage des mollets…nous allions avaler une fois par semaine une speed marche de neuf kilomètres et par là même découvrir par monts et par vaux les " alentours " de nos quartiers. Pas question de décrocher … on part ensemble, on rentre ensemble !... le tout, au pas cadencé.
Ce fut aussi une façon de faire de nous un groupe solidaire et homogène. Et de ce côté-là, il n'y a aucun doute, ce fut une réussite totale...et c'est le moins que l'on puisse dire.
Pour preuve, j'ai eu l'occasion de discuter avec certains qui sont restés à l'armée et tous répètent inlassablement la même chose… " Ce que nous avons vécu...? Jamais on ne l'a retrouvé ". Dernièrement j'ai eu au téléphone mon adjoint de peloton, lui aussi, pourtant adjudant aujourd'hui avec une belle carrière derrière lui, m'a avoué et certifié qu'une telle ambiance et cohésion de groupe il ne l'a jamais retrouvée.
Bref, le but premier est que nous obtenions tous notre brevet de fusiliers d'assaut. Les tirs, les cross, les marches, les droppings et autres… on allait en bouffer, en déguster tant que l'on tenait debout pas question d'en rester là. Mais faut-il le souligner, nos chefs étaient toujours devant avec une " cagne " extraordinaire… ils avaient la manière de faire de nous ce qu'ils voulaient et nous…et on en redemandait !
Dès lors, nous pouvions commencer à sortir le soir en ville… dès les premières sorties on allait déjà se faire remarquer…Oui, le drakkar, interdit aux militaires…on allait y prendre nos quartiers. Et souvent il fallait dégager au plus vite afin d'éviter la MP et beaucoup d'entre-nous passeraient au rapport pour avoir violé l'interdiction.
C'est aussi à partir de ces moments là que nous allions devenir la petite amie de la MP et la fiancée de la Prévôté… Durant le temps que nous allions passer au régiment, les têtes de képis n'allaient pas nous lâcher un seul instant. C'était d'ailleurs presque devenu de leur part du harcèlement. Tout était bon pour nous coffrer, si ils voyaient une tête de la B, cela devenait vite leur tête de Turque ! Mais bon nous n'étions pas des enfants de cœur et on le leur rendait bien.
D'ailleurs, lors du BBQ du régiment, le colonel Kolp m'a aimablement rappelé les deux Mp que nous avions balancés dans un conteneur poubelle… ben oui, quand nous sommes arrivés à la B on nous avait dit que si on parvenait à avoir un képi d'MP c'était deux jours de permissions…alors tant qu'à faire, pourquoi pas deux ! (sic !)
Les guerriers de la B
Les semaines et les mois passèrent, nous avions de plus en plus d'assurance. Les manœuvres étaient certes bien préparées mais nous, nous étions aussi au top de notre efficacité. Si on devait marcher des kilomètres et des kilomètres avant de monter à l'assaut…il était certain que nous allions nous régaler lors du passage à l'acte. Ainsi, plus d'une fois nous avons débordé les positions " ennemies " et bien souvent quelques coups se perdaient au passage. Je me souviens que quelques fois on a même lancé quelques cailloux sur les " polux " qui tenaient une position en défensive.
Mais il est vrai aussi que le fait d'en baver par tous les temps nous donnait une rage supplémentaire et très souvent démesurée ( !).
Mais nos exploits ne se sont pas arrêtés là… en effet le colonel Kolp allait en avoir des cheveux blancs… Combien de bagarres n'avons-nous pas eues ou provoquées…combien ? la seule chose qui pourrait déterminer le nombre c'est sans doute les archives de la MP et de la Prévôté !
Les victoires de la B… une routine !
Je ne vais pas m'étendre sur la vie de la Cie B, car il faudrait presque des témoins pour certifier ces lignes, mais ce qui est certain c'est que nous avons vraiment été une Cie à part des autres. Je me souviens, quand nous sommes arrivés au bataillon, il y avait une armoire vitrée au fond du couloir de la Cie, près du bureau du lieutenant Fontaine. Dans cette vitrine il y avait quelques coupes que la précédente B avait remportées. Fin 1980, il y avait une vitrine supplémentaire pour y ranger les coupes et trophées !...
Nous avions presque tout gagné, cross bataillon et inter bataillon, la marche de l'armée, coupes de natation avec le lieutenant Pochet et Jean-Marc Vivier en têtes dans la piscine. Il y avait de tout dans ces vitrines, de tout !
Je dirais que la cerise sur le gâteau fut sans conteste la victoire de la Westerwald Patrouille. C'était une victoire que le colonel attendait depuis un bon moment…et on lui a offert, cette Westerwald Patrouille.
Il y a probablement des " aventures " de la B que j'oublie mais je suis certain que d'autres s'en souviennent. Cela fera sûrement l'objet d'un autre article.
Nous étions soldats…
Après avoir fait tant parler de nous, jusque dans les hautes sphères de l'Etat major, jusqu'à des menaces de dissolution de la Cie, nous sommes pour la plupart, redevenus civils.
Qu'il me soit permis ici de rendre hommage à l'ensemble des gars de ma Cie B ainsi qu'aux officiers et sous-officiers, car c'était nous les gars de la B.
Des noms sont marqués à jamais dans ma mémoire, il y en a certains que j'ai oublié mais je suis certain qu'ils me reviendront petit à petit et ainsi la liste ci-dessous s'allongera.
Aujourd'hui, nos terrains d'exercices se limitent à la tonte des pelouses et aux terrains de jeux de nos enfants. Nos miradors sont devenus nos terrasses ou nos balcons d'appartement, mais nos souvenirs demeurent et résistent au temps qui passe avec le sentiment d'avoir vécu quelque chose de particulier et d'exceptionnel.
Et puis aussi, nous avons tous laissé une partie de notre jeunesse là-bas…sur les hauteurs de Siegen, là où il fait froid en hiver et où les collines se fondent et confondent dans les paysages qui ressemblent étrangement à nos Ardennes...
Yvan Leriche